mercredi 16 août 2017

TOURISTES, NATURE ET CULTURE

Bayonne, Porte d’Espgne. Ils sont six, c’est une petite rondouillarde qui parle :

« Ouah, c’est juste trop beau… On va faire une vidéo, on part de là, on suit là… »

Je peux pas m’empêcher :

« Vous laisserez une pièce pour le décorateur ? »

Etonnement, stupéfaction. Le décorateur ? Quel décorateur ? Ben le mec ou les mecs qui entretiennent le décor, qui le nettoient, qui mettent des fleurs dans les vasques. En général, on dit le contribuable. Les gamins, ils me comprennent pas bien. Je suis obligé de faire le vieux con pédagogue. De leur dire que depuis que ça a été construit, il a bien fallu entretenir, reconstruire des fois, réparer, repeindre les volets, entretenir les plantations, bref, dépenser des sous pour le décor de leur vidéo dont ils seront si fiers sur Fesse de Bouc. Ben oui, mais ça vous rapporte. A moi ? Non, ça me coûte. Comme à mon père, à mon grand père, à tous mes aïeux (17 générations dans la même ville, ça fait des sous en euro constants). Les mômes, ils sont dans un camping sur la côte landaise, ils fastfoudent non loin de la guitoune, ils trouvent que le Pays basque c’est pas cher. Ben, quand tu payes pas, c’est jamais cher. Bon, on est chez les rats..On connaît.

Par contre (non, en revanche, juste pour Cécile), ce qui me troue le cul, c’est qu’ils puissent imaginer qu’une ville historique ne coûtait rien. Bn oui, c’est construit, c’est construit…Comme une forêt. Ben non, dans une forêt, y’a des gens qui travaillent, qui coupent des arbres, qui en replantent, qui nettoient. Une forêt aussi ça coûte. Et même un champ. Des que des hommes travaillent, ça coûte. Pour que tu puisses faire ta belle photo qui te vaudra l’admiration des amateurs de cartes postales, de l’argent est dépensé et c’est même pas par toi. Tu prends. Qu’est ce que donnes en échange ? Et surtout en équivalence ? Nous, on te donne de l’histoire, de la beauté, du savoir. Toi, tu crois que le fric suffit. Je repense à ce brave Café qui avait viré un mec de son bistro en lui disant : « Tu m’as acheté un verre, tu l’as eu. Tu n’as pas acheté mon amitié, mon attention, mon goût pour Pradera. Alors, ton verre, je te l’offre et tu dégages ».

A force de faire du fric l’étalon des relations humaines, on en est là. Tout ce qui fait la réalité d’un paysage, les générations qui se sont suivies, les gens qui ont cherché à mieux faire, tout ça est gommé. Le voyageur est devenu touriste, c’est à dire consommateur d’émotions, pas de savoir. Avec un consumérisme arrogant, où on rogne sur tout, sauf sur les stéréotypes. On explique à l’indigène ce qu’il doit penser et savoir de son pays, mais on refuse de payer ce qu’offre ce pays.

Trente ans que je suis dans le tourisme. Mon premier Guide Bleu, je l’ai écrit en 1981. Aujourd’hui, on fait confiance au Petit Futé. Et parfois, à pire. Le niveau moyen de l’information touristique, c’est un catalogue de tour operator. Pas qu’ils soient tous mauvais. Mais aucun n’est bon, aucun ne met en avant ces deux mamelles de l’écriture touristique : la géographie et l’histoire. Là, ça commence à coincer. L’indigène se rebiffe. Quand l’allochtone permettait à son village de vivre, de préserver des maisons, de maintenir des emplois, l’indigène acceptait  les nuisances. C’est fini. Le touriste fréquente les épiceries qu’il connaît, les magasins qu’il a chez lui. La vague des nuisances engloutit la plage des bénéfices.

Pire encore, on transforme les lieux touristiques en berceaux de domestiques. On ne forme plus pour créer ou pour inventer, on forme pour servir. Servir est une activité noble quand le servi ennoblit son serviteur. Mais quel ennoblissement attendre de la plupart des servis ? Ils ne trouveront jamais Vatel chez McDonald


On en reparlera….

jeudi 10 août 2017

LE TERRIER DES RATS

Internet est un trou à rats… Tous les rats, les radins, les matois, les sans-classe s’y retrouvent, s’y pressent, s’y reproduisent.

Neuf messages sur dix sont là pour expliquer que le scripteur est plus malin car il a trouvé…moins cher !! Personne, jamais, n’analyse l’offre, le produit, le service. Le rat ne parle que de fric. De fric économisé et aucun n’imagine renoncer à sa dépense qui lui ferait gagner bien plus encore. Les rats se ruent vers Hubert, Couillaque, Bouquingue ou Rbiyandbi. Ils hurlent pour les 5 euro d’APL sucrés par Macron sans dire que  s’’ils favorisent ceux qui s’échappent fiscalement, y‘a plus de fric pour payer le social. En plus, ils donnent des leçons : la France croule sous les charges qui pénalisent les créateurs.. Mais les créateurs bénéficient de la sécurité sociale et peuvent soigner leurs insignifiantes maladies ou les bobos psychologiques de leurs gosses (bobos dont ils sont généralement responsables). Mais voilà : un bon créateur ne veut pas payer les charges qui l’aident à se soigner.

On en a déjà parlé. Je ne donne pas les liens hypertextes…. Cherchez et vous trouverez, feignasses !

Internet, c’est les 4 par 3 des centres commerciaux, ces trucs qui ne parlent que d’une chose : le prix. Le prix, le degré zéro de la communication commerciale. Degré zéro utilisé par les cancres de la commercialisation. Quand j’étais libraire et que je formais des jeunes gens, je leur expliquais doctement (non, j’étais virulent, mais c’est moins joli dans la phrase) que les Pléiades étaient les livres les moins chers. Naturellement, les jeunes cons réagissaient. Il me fallait donc leur expliquer que ce qu’on doit dépenser pour la Comédie Humaine en poche est bien supérieur au prix en Pléiade qui offre de surcroit un texte vérifié, un appareil critique, une reliure qui passe le temps et une typographie impeccable. Après, j’étais moins gentil.

Un Pléiade, c’est le prix le moins cher à la page de l’édition française. Tous ces jeunes cons vérifiaient le prix au kilo de leurs saucisses, mais n’avaient pas l’idée de faire la même chose pour Balzac ou Zola. Ajoutons qu’on n’achète pas Zola pour le lire une fois, dans un train de banlieue et que, reporté à plusieurs lectures, le prix à la page devenait epsilonique dans la mesure où la durée de vie d’un poche ne dépasse pas ce que vivent les roses.

Je sais gré à la jeune fille qui me dit un jour : « Oui, mais ça fait vieillot ». Ben voilà, ça devait être dit. On parle de prix mais le prix n’est pas l’essentiel.

J’y ai repensé récemment, dans un bouge loué par Bouquinge. Il me fallait un hôtel près du lieu d’une soirée entre copains. Plus près, selon Bouquinge, pas possible. Moi, je pensais que je sortirai calciné comme un cierge lourdais, j’ai pris. Sauf que ma piaule était au quatrième sans ascenseur. Un escalier qu’avec trois grammes, tu peux même pas le regarder. Bon, j’ai assuré. En fait, le client du site, c’était pas moi.. c’était l’hotelier vu que c’était lui qui payait la commission.

Après quoi, on m’a demandé mon avis. J’ai répondu n’importe quoi. J’ai donné mon avis sur des centaines d’hôtels mais j’étais payé pour ça. J’avais un boss et une équipe pour me contrôler, contrôler mes avis et mes infos. Alors, Bouquinge qui me demande mon avis gratos, ça me fait rire. En plus, ils veulent mes photos. Gratos. Ils se touchent ou quoi ? Je vais leur donner des dizaines d’heures de vérifications d’hôtels pour rien ? Après tout, j’ai été baisé, que d’autres le soient aussi, ça me plait. On est dans une tribu, non ?

Sur moi, Bouquinge m’a rien demandé. Je suis un acheteur comme les autres. La com’, connard de Bouquinge, ça commence par définir le lieu de parole de celui qui parle. Tu t’en fous. Et bien, moi, je me fous de toi. Au bout du bout, tu finiras par tout niveler. Pas grave, statistiquement, tu trouveras une justification.

Nous sommes tous égaux dans la critique disent les sites Internet. Pour Tripadvisor que tu ais fait une école hôtelière, ne te donne aucun avantage. Aucune compétence. Youpi ! Nous sommes tous pareils. Egalité parfaite. Ressenti parfait. Millau vient de mourir. Reste plus que Gloaguen, mais lui, il s’accroche. J’aime bien, il est lié à ma jeunesse. Mais il ne sait plus que je l’aime bien.

Au fait…Et s’il était le père des rats ?

On en reparlera….



mercredi 9 août 2017

LE TOURISME ET LES FLUX

A nouveau le même débat : le tourisme est-il ou non une richesse pour une ville ? L’argument est toujours le même : un touriste dépense en moyenne 100 euro/jour. On me donne en exemple une ville qui reçoit 30 000 touristes/jour en me disant que ça fait  3 milllions d’euro par jour. Bien entendu, c’est totalement faux. Ce sont juste des chiffres pipeautés élaborés par des économistes au rabais, le plus souvent avec une visée politique.

Ce qu’un touriste dépense par jour englobe tout, mais ça n’a aucun intérêt.. Ce qui compte ce sont les marges. Ce sont les marges qui restent dans la ville. Exemple simple : un plein d’essence peut coûter 100 euro. La station locale va gagner 10 euro, le reste repartira chez Total ou Esso.

Personne ne peut discriminer LE LIEU de la dépense. Si le touriste visite Biarritz en vivant dans un camping à Bidart, nous ne disposons d’aucune statistique fiable mais il est clair qu’il n’aura pas dépensé son budget dans la ville qu’il visite. Il est tout aussi clair qu’il utilisera les infrastructures (les investissements) prévues pour ceux qui y dorment (parkings par exemple). Le touriste est volontiers parasite.

Ajoutons que l’important, dans ce qui reste, c’est la destination finale de l’argent. Les dépenses sont des flux. L’hôtelier qui reçoit 100 euro va en dépenser une partie dans sa ville. L’autre partie (la commission de Booking, par exemple) file ailleurs. Comme filent ailleurs les redevances des franchisés, les bénéfices des supermarchés ou l’achat de l’essence.  Et donc, même la marge est un paramètre flou puisqu’une partie de la marge sort des rentrées locales. En clair, la ville concernée est loin de bénéficier des dépenses engagées par le visiteur.

Du moins, pensera l’économiste simplificateur, cela crée des emplois…Oui. Le plus souvent occupés par des banlieusards, fiscalisés ailleurs. Car chaque ville a sa banlieue où vivent ceux qui n’ont pas les moyens de vivre dan le centre d’un phare touristique. Ce sont aussi ceux qui vont engraisser les bénéfices des supermarchés et des stations service.

Je ne connais aucun exemple d’une telle analyse…Personne ne l’a faite car elle n’aurait pas de portée générale alors que statisticiens et économistes ne rêvent que de modèles applicables à Bayonne comme à Uzès. Mais c’est pas comme ça que ça marche.. Par contre, si on commence une telle analyse sur un territoire précis, on ne tarde pas à s’apercevoir que le tourisme ne rapporte pas tant que ça. Sauf à l’Etat dont la redistribution pourrait être revue.

Travailler sur des moyennes est de la dernière stupidité. J’ai le souvenir de la phrase du grand maire d’une grande ville touristique qui m’avait dit : « Faire une place de parking me coûte le même prix que l’on y gare une Clio ou une Mercédès. Mes électeurs préfèrent y voir des Mercédès ». C’est rudement dit, mais ça recouvre une réalité qu’on peut contester politiquement, pas économiquement. Accepter des franchises bas de gamme dans un centre ville n’y fera pas venir les clients dépensiers. Au contraire, ça revient à installer des répulsifs.

On a ce problème en ce moment à Bayonne avec les Fêtes. Nous dépensons près de 3 millions d’euro pour permettre à des dizaines de milliers de visiteurs de venir faire la fête. Pour quel bénéfice ? Il y eut un temps un bénéfice d’image. Je le sens en voie de disparition. Quand on accepte d’un cœur léger une société à deux vitesses, on accepte du même coup que le mélange ne se fasse pas.

Tout ceci pose la question de ce qu’on vend…Car le tourisme, c’est de la vente… Si tu vends de la plage, tu te positionnes face à la Croatie ou à l’Ile Maurice..Si tu vends de la cathédrale gothique, y’a moins de concurrents.. Moins de clients aussi, mais ils fonctionnent différemment…Et ils n’ont pas la même carte de crédit dans le larfeuille. Chacun fait son choix. Pour faire simple, tu es dans le camp de Carrouf ou dans le camp de Vuitton. Je sais, c’est pas bien. Faut pas être élitiste…mais quand je regarde et que je vois que tous mes copains connaissent autant La Roque d’Antheron que Bayonne, je me pose des questions.

C’est ça, mon problème…Je me pose des question alors que tout le monde a des réponses.


On en reparlera…

jeudi 3 août 2017

LA SANCTION

Je l’aime bien. Je la connais depuis longtemps. Cursus brillant, études internationales, mondialisation acceptée voire revendiquée… Et l’informatique comme phare…Bref, tout ce que je ne suis pas. C’est pour ça que j’aime parler avec elle. Elle me sert de profondimètre, de mesure pour mes lacunes.

Ce soir, ça roulait sur la responsabilité, étymologiquement, la capacité à répondre de ses actes. Ma jeune cadre est une farouche partisane de la responsabilité, surtout en cas de succès. Face à l’échec, elle est, comment dire, plus réservée…

Le sujet du jour, c’est encore la SNCF. On en  déjà parlé. Ma jeune amie me dit, méprisante, que je ne me rends pas compte de la complexité de la tâche. Parfaitement exact. En revanche, les mecs chargés de cette tâche, la complexité, ils la connaissent. Ils ont été engagés pour ça. Le plus souvent, ils ont postulé. Quand tu postules, c’est que tu te juges capable d’assumer. Ils ont négocié leur salaire comme une preuve de leur capacité. Là, ils se sont plantés.

« Ouais, mais il y a des aléas » rétorque la minette. Ben oui. Y’a toujours des aléas. Tu commandes un bateau, paf ! tu te prends la tempête du siècle. Le chef, c’est celui qui maîtrise les aléas. Sinon, c’est pas un chef…Des fois, c’est con, un aléa. Je me souviens d’un camion renversé après avoir quitté l’imprimerie chargé des couvertures d’un hebdo célèbre. Le responsable de fab s’est tapé un infarc sur le coup. Une semaine de ventes loupées, plus les indemnités aux annonceurs, c’est du lourd dans le budget. C’est vrai que le mec, il pouvait pas prévoir la plaque de verglas. Mais il pouvait prévoir deux camions pour limiter le risque.

Le vrai problème n’est pas là et les citoyens le savent. Qu’un manager soit surpayé, tout le monde peut le comprendre, surtout si le succès est au rendez-vous. Mais en cas d’échec ? Quelle est la sanction ? Ben, en général, on tapote la tête du planté et on le recase dans un autre poste.

A vrai dire, les cadres de la SNCF, je m’en tape. Celui qui m’intéresse, c’est Guilaume Pepy. Lui, depuis 1988, il cumule et accumule les postes de responsabilité. Trente ans ! Trente ans durant lesquels, les trains arrivent de moins en moins à l’heure. Trente ans à choisir ses collaborateurs. Trente ans à voir bouger les choses. Lui, il peut pas dire qu’il a des trucs à découvrir. Il a participé à tous les choix, il  a pris toutes les décisions. Et après trente ans, il se découvre dépassé par le merdier de dimanche dernier. Nous prendrait ils pour des cons ?

Depuis trente ans, ce mec a postulé, intrigué, manipulé pour arriver au sommet. Sa carrière montre ses choix. La vraie question est : que risque t’il ? Quand il réorganise, modifie, choisi,  que risque t’il ? La réponse est : RIEN.

Eventuellement, perdre ses 400 000 euro de salaire, mais ça ne fera pleurer personne. Personne n’a discuté de son salaire en cas de succès, personne n’a imaginé l’échec.

Et donc, Monsieur Pépy peut faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut. Qu’on le veuille ou non, ce mec est un irresponsable car il est inaccessible à la sanction. Les citoyens le savent, surtout les cheminots.

La responsabilité, c’est ça : des bons points quand tu gagnes, le martinet si tu perds. Nous voyons bien que certains sont abonnés aux bons points et nous aimerions voir leurs fesses rougir sous la morsure du martinet. Mais non, impossible…On appelle ça un fonctionnement oligarchique.

Moi, y’a qu’un truc qui m’emmerde vraiment.. Pepy appartient à la promotion Louise Michel de l’ENA. On peut imaginer ce que la bonne Louise aurait écrit sur lui.


On en reparlera…

mardi 1 août 2017

COLETTE ET LE DROIT DU MACAQUE

On touche le fond…


Reprenons. Un photographe animalier bosse sur une population de macaques indonésiens. Il les accoutume, leur file ses appareils et l’un des macaques fait un autoportrait dont les réseaux sociaux s’emparent. C’est vrai que c’est une photo sympa. Là, où c’est moins sympa, c’est quand la photo est pillée et publiée et que le mec touche pas une thune au motif qu’il n’est pas l’auteur de la photo. Celui qui a appuyé sur le bouton, c’est le singe et donc l’auteur, c’est le singe. C’est lui qu’on doit payer….

Déjà, là, on est en plein délire. Le photographe est quand même celui qui a rendu la photo possible. Filer un droit d’auteur qui est un droit de propriété intellectuelle, c’est à dire un droit patrimonial à un macaque, faut oser. Ils ont osé…..Et ils ont gagné…..

Et donc, moi, je me tourne vers ma copine Colette. Colette, tu es juriste. Tu es tellement juriste que tu es intervenue pour faire voter une loi qui accorde aux macaques un droit à la sensibilité. Est ce que tu t’es rendue compte que tu ouvrais une porte ? Parce que ton droit à la sensibilité, il va pas tarder à devenir un droit à la créativité. Voire un droit à l’image. Qu’on pourra conduire dans les prétoires un photographe taurin dont les images auront choqué la sensibilité d’un Miura, de surcroit privé du droit sur son image ?

Je déconne ? Non. Le macaque ci-dessus, il a trouvé des défenseurs. De vrais, beaux, purs défenseurs. Qui vont en justice pour défendre ses droits. Et qui, affirmant qu’ils le représentent, demandent à toucher ses droits. Beaux et purs jusqu’au portefeuille inclus. Le propriétaire de l’appareil et de la péloche, il a tout perdu. Une association de connards décérébrés qui n’ont jamais rien su faire l’ont dépouillé.

Alors, imaginons. Imaginons un procès intenté par des collectivistes anticorridas au nom de la sensibilité des bovins ibériques. En s’appuyant sur le précédent du macaque, ils vont réclamer des sous pour compenser une sensibilité violée. Tu vas l’avoir ta notoriété Colette. Pas exactement comme tu prévoyais… Parce que tu as cru à la sincérité des protecteurs des animaux et que tu as refusé de voir que leur fonctionnement est un fonctionnement purement marketing pour récupérer des adhérents, des cotisations, des aides, des legs, bref du fric et du poids médiatique ou des électeurs. En enlevant les animaux de la catégorie des meubles, tu as ouvert la boîte de Pandore, espérant gratter quelques voix pour assurer ta réélection. Tu es assez jeune pour contempler le résultat de ton action. A moins que tu n’aies prévu de devenir l’avocate spécialisée de la sensibilité animale, une sorte de Collard du poulet en batterie.

Voici quelques années, le droit à l’image était lié à la propriété du support. Les grandes agences fournissaient leurs photographes en pellicules. Propriétaires du support, elles étaient de facto propriétaires de l’image. C’était trop simple mais surtout l’investissement modeste ne faisait pas le poids face aux sommes payées par les médias. Les photographes se sentaient lésés et ils l’étaient. Mais ils étaient aussi mieux protégés. A vouloir se protéger juridiquement, on s’affaiblit. Nous avons accepté que tout un chacun se croit photographe, nous arrivons au bout : un macaque a droit à la propriété intellectuelle, notion pervertie et qu’il faudra bien un jour discuter. Si un macaque y a droit, un enfant de trois ans aussi. Lors du divorce, c’est papa ou maman qui va gérer les droits ?

Dans propriété intellectuelle, le syntagme important, c’est « intellectuel » qui suppose une formation, une réflexion, une préparation, une expérience. Mais c’est « propriété » qui assure le fric. Ce n’est pas nouveau. Déjà des dizaines d’éditeurs ont eu à lutter contre des ayants-droit ou des veuves abusives contrôlant une œuvre à laquelle ils n’avaient aucune part pour s’assurer des revenus.

J’ai décidé de ne plus photographier les chats de mes enfants. Ces saloperies qui chient dans le jardin, qui collent des poils partout et qui ruinent le budget en croquettes hors de prix, pourraient me demander un droit à l’image. Si pas eux, leurs ayants-droit, surtout auto-proclamés. Les fabricants de calendriers publicitaires devraient se méfier. Entre les chatons sur coussins brodés et le regard humide de bovidés au pacage, leur budget risque d’exploser. Depuis le temps qu’ils  exploitent leur sensibilité. Ou la nôtre.


On en reparlera….

mercredi 26 juillet 2017

PRIVÉ-PUBLIC

Qu’est ce qu’un lieu public ? En premier lieu, un lieu appartenant à la puissance publique, un bâtiment officiel. Tout comme un lieu privé est un lieu appartenant à une personne privée.

La différence est fondée sur la qualité du propriétaire. C’est clair, simple et indubitable.

Or donc, voici que, depuis des années, cette différence a été gommée, par l’Etat lui même. Est considéré comme public, tout lieu susceptible d’accueillir du public. Ce qui n’est à l’évidence, pas le cas. .Certains lieux sont des lieux privés susceptibles d’accueillir du public. Tous les commerces, par exemple.

Le commerçant est un homme libre. Cette liberté inclut le choix de vendre ce qu’il veut, à qui il veut, dans les conditions qu’il détermine librement.

Bon, moi je ne m’intéresse qu’aux biens culturels. Les livres, pour lesquels j’ai quelque expérience, mais ce peut être la gastronomie, par exemple. Premier point : il y a des gens qu’on n’a pas envie de servir. C’est pas une question de couleur ou je ne sais quoi. C’est des gens qui te parlent mal. Le mec qui entre chez toi et te dit pas bonjour. Ouais, c’est pas important… Ben si…Moi, le mec qui entre chez moi et me dit pas bonjour, je veux dire normalement, poliment, en français correct, il peut aller crever ailleurs. Moi, je suis un commerçant normal, pas une grande surface à la con. Tu entres, tu enlèves ta coiffure. Ben oui, les codes de la politesse imposent que tu enlèves ton chapeau ou ta casquette. Tu me trouves ringard ? Tu vas ailleurs. Si tu veux pas de mes codes, tu veux pas de ma marchandise. Je te rejette pas. C’est toi qui me rejettes en rejettant mes codes.

C’est toi qui veux m’entraîner dans un monde qui n’est pas le mien. Un monde avec tes horaires, tes envies, tes produits. Moi, je décide de mes horaires, de mes envies, de mes produits. Si ça te va pas, tu vas ailleurs. Tu peux hurler ou pleurer que c’est chez moi que tu veux venir. Tu viens. Mais à mes conditions. Tu refuses de me vendre ? Oui, la loi m’y autorise, si j’ai un motif légitime.Par exemple, si tu te pointes hors de mes heures d’ouverture. En ai-je vu débarquer à 18 h 58, me prenant pour un con avec des explications pourries.. Surtout le samedi, les bras chargés de sacs venus d’ailleurs. J’avais une raison toute prête : vous avez jugé que les achats faits ailleurs étaient prioritaires, tant pis pour vous, j’aime à être en tête de la liste de courses, on a sa fierté... J’en ai juste pour cinq minutes.. Raison de plus : acheter des livres, c’est sérieux, ça se fait pas en cinq minutes, il faut qu’on parle, qu’on échange. Si vous méprisez ainsi le livre, nous n’avons rien à échanger.

Mes clients, les vrais, les fidèles, ils savaient. Ils me pardonnaient tout et je le leur rendais bien… Un commerçant vend un produit. Pas de l’amour ou de la compassion. A fortiori de la compréhension. Ça, c’est en plus, ça se facture pas, c’est si je veux bien. Si tu le mérites. C’est vrai qu’il y a une dimension non-monétaire du commerce mais rien ne la réglemente. Si tu veux que je te comprenne, commence par me comprendre. On appelle ça vivre en société.

C’est basé sur rien. Un feeling, une parole. C’est quasi une relation amoureuse. Non tarifée. Un jour, je vous débarquer un jeune et beau mec qui voulait acheter des cartes pour faire le rallye Abidjan-Nice. On parle, il était un peu largué, il ne connaissait rien à l’Afrique et rien aux cartes. Il soulignait ses lacunes, en demande de connaissances autant que de papier. A la fin, deux ou trois heures après, je lui ai fait cadeau de ses cartes. Le budget était pas énorme, le cadeau pas somptueux, mais il n’a jamais oublié cette après midi. L’année suivante, il créait le Paris-Dakar dont il me nommait cartographe officiel. J’étais devenu copain avec Thierry Sabine. Comme on peut l’imaginer, le cadeau a été remboursé au centuple mais ça ne comptait pas. Thierry a eu des dizaines de propositions pour me remplacer, il a toujours tout rejeté. On avait cette après-midi entre nous que rien ne pouvait acheter. Car, contrairement à ce qu’on en a dit, Thierry n’était pas vénal.

Le commerce, c’est ça. Pas un échange de biens contre un chèque sous le regard froid du Code de la Consommation.

Après, il y a toujours des caguemerdes pour pourrir le jeu. Restau bayonnais. J’y déjeune, comme souvent. Entre un couple avec un gosse d’une dizaine d’années. Ils posent sur la table, bien en évidence le guide qui affirme que l’apéro sera offert sur présentation du dit guide. Le patron offre donc l’apéro. Trois apéros. Et la petite famille commande UN repas en demandant que l’entrée soit servie à Madame, le plat à Monsieur et le dessert au gniard. Ils se croyaient malins : trois apéros pour un menu du jour. Le patron les a virés en leur offrant leur apéro. Avec dignité et fermeté. Ils sont partis la rage aux lèvres affirmant qu’ils allaient écrire à l’éditeur et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.

C’est pour ça que les consuméristes me gavent. L’utilisation de la loi pour faire chier les petits commerçants sans s’attaquer aux gros poissons.. La non-prise en compte des petites ruses mesquines qui détruisent le lien commercial. L’acceptation des escroqueries intellectuelles comme ces innombrables « poissons de la criée » qui fleurissent en bord de mer même quand les poissons arrivent en camion d’une criée située à 200 kilomètres.

La destruction du commerce de proximité par l’e-commerce est une catastrophe car cela ramène le commerce à sa dimension in-signifiante : le prix.

Mais, il faudra en reparler


lundi 24 juillet 2017

PARLONS DES ECOLOS

Ça me revient et j’ai envie d’en parler… C’était dans les années 2000. Je faisais dans l’édition écologique, je publiais des livres d’histoire naturelle, pas d’écologie. Des trucs imbittables sur la mémoire chez les corvidés ou le relevé des espèces avaires dans la forêt de Fontainebleau… Nicolas Hulot soufflait dans son micro… Forcément, j’avais plein de copains dans les facs..et ailleurs. Comme Jean-Philippe Siblet. Lui, il était facteur. Quand je l’ai édité, qu’est ce que j’ai pas entendu !! C’est qu’il était pas dans le sérail, Jean-Philippe. Je vous rassure, il y est. Il gère la biodiversité au Muséum. C’est comme ça qu’on apprend qu’on a de la vista, qu’on sait juger les hommes.

Il y avait un problème en Guyane. Il fallait produire du propergol à Kourou pour servir de carburant à la belle Ariane. Jusque là, le propergol il naviguait de Bordeaux à Cayenne et tout le monde craignait le naufrage. Produire sur place devenait logique. Mais voilà, pour ça, fallait de l’électricité. Et donc, on a nommé une commission scientifique. Je me souviens, nous les herpétologues, on avait désigné Jean Lescure. Impeccable ! Vingt ans de travail sur l’herpétofaune guyanaise, CNRS, Muséum. Y’avait aussi Jean-Pierre Gasc, il me semble. Même profil.

Et donc, la commission scientifique, elle a conclu à la nécessité de construire une centrale nucléaire.. Hou là !!! La réaction fut à la mesure de la conclusion. Du nucléaire !! Alors qu’il n’y avait aucune centrale en Amérique Latine !! Z’étaient fous les universitaires. On a donc déplacé le problème du champ scientifique vers le champ politique et EDF a construit le barrage de la Sinnamary, plus connu sous le nom de barrage de Petit-Saut. Je me souviens de copains vent debout.. Comme ce cher Exbrayat, spécialiste européen des Cécilidés. C’est des sortes d’amphibiens apodes qui vivent dans l’humus de la forêt amazonienne. Mal étudiés les amphibiens et mal connus. Exbrayat, il avait calculé qu’on allait rayer de nos connaissances un beau paquet d’espèces mais, à l’époque, tout le monde se foutait de la biodiversité. Chaque spécialiste hurlait à la destruction du biotope pour ses petites bêtes

Mais, tu sais ce que c’est ? Quand tu fais traiter un problème par les ignares, tu as une solution qui plait aux ignares lesquels sont plus nombreux que ceux qui savent. Et donc, l’opinion publique, composée de même, donne raison aux cons. Lesquels, en l’occurrence, étaient peints en vert.

Vint ans après, on peut faire le point. En zone tropicale, sous l’effet conjugué de la chaleur et d’une abondante biomasse, les retenues d’eau agissent comme un réacteur à produire du méthane et autres gaz à effet de serre. Le barrage de Petit-Saut en produit autant qu’une centrale thermique. Ha oui ? Oui.

Le barrage a noyé 400 km2 de forêt tropicale. Ce qui a disparu, on ne sait pas, vu qu’aucun inventaire exhaustif n’avait été fait. Mais ce ne sont que des insectes, des amphibiens, des choses qui n’intéressent personne, et surtout pas Brigitte Bardot, l’icône ridée des mémères à chat. Y’a aussi des plantes, mais ça…Monsanto s’en fout. Du moins, c’est bon pour les poissons.. Même pas. Le préfet vient de limiter la pêche dans le lac de retenue. L’eutrophisation excessive a fait baisser la « ressource halieutique », comme ils disent. Sympa, pour les Guyanais qui vivent du poisson. En aval, la population piscicole a également baissé du fait du manque d’oxygénation de l’eau.

EDF avait organisé une belle opération appelée Arche de Noé pour montrer des mecs récupérant des mignons singes pelucheux et des oiseaux bellement coloriés. Ça fait du bien à l'image. Les mygales, on s'en fout.

Dernier point : le barrage ne suffit plus à assumer les besoins guyanais. Je vous rassure : malgré le désastre écologique constaté, ils n’envisageront même pas la solution nucléaire.

J’adore cette histoire….Elle marque bien la connerie dont nous sommes capables quand nous ne faisons pas confiance aux spécialistes formés par la République. Quand nous leur préférons les histrions formés à notre manipulation.

Et moi, je vais perdre quelques copains. Un apologiste du nucléaire, c’est quasi pire qu’un pédophile…


On en reparlera…